Passage du temps
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Chapitre V
(1958-1972)

Pin-up?

La mode est aux aubes, cette année 1958, et ma mère décide que nous suivrons cette mode, nettement plus austère que les robes et voiles d’organdi. Comme je ne sais pas encore – je ne l’apprendrai que tardivement – que mes goûts peuvent différer des siens, je me réjouis de cette tenue, qui m’apparente plus à une religieuse qu’à une petite mariée. Le cortège des communiants est donc disparate ce 1er juin, selon que les familles tiennent aux traditions (voire : font durer les tenues des aînés !) ou s’aventurent à la modernité vestimentaire.


Le père de Chantal s’endort pendant la messe (pire : il ronfle), le mien n’est pas présent, occupé par les commandes des pièces montées, qui n’ont jamais été si nombreuses, baby-boom d’après-guerre inflige. Ma mère (manteau bleu roy, doublé d’un tissu imprimé identique à sa robe, œuvres de notre couturière locale) ne s’échappera du commerce que pour les vêpres. La photo est prise au même endroit que pour la communion de mon frère, 12 ans plus tôt jour pour jour, mais ma mère est moins souriante.


Enfin vient l’heure du dîner festif, à l’Hôtel de Paris. Et mon père, épuisé autant que furieux de s’être tant brûlé avec le sucre à coller les choux des pièces montées, massacre allègrement la mienne, suscitant les rires des convives


De même que mon frère était entré en pension à Evreux après sa communion (notre village n’offrait que des écoles primaires), je prends moi aussi le chemin de l’internat dans cette même ville (à 30 km. de mon village). Le dortoir de 40 élèves succède à ma grande chambre solitaire. Saurais-je encore mettre des noms sur tous ces visages ? Essayons… Résultat : les trois quarts me demeurent connus. Je serais bonne pour m’inscrire aux Copains d’abord, sur Internet !


Et les blouses bleu ou rose (en alternance) cachent les robes pimpantes, les remplacent même (par un uniforme marine, avec béret) pour les promenades en rangs du jeudi.
Comme ils me hérissent les collégiens ou lycéens actuels qui, ignorant la chance qu’ils ont de pouvoir se vêtir à leur guise n’ont pourtant souci qu’à être tous semblables. Il n’est de pire uniforme que celui consenti ! La seule fantaisie que je me suis permise est d’avoir préféré broder mon nom à la main (en gothique, comme sur la façade récemment rénovée de notre pâtisserie) plutôt que de coudre sur la poche ces petits étiquettes de confection à commander chez le fournisseur patenté : Aux travailleurs


En voici, une des robes pimpantes (de confection : cela arrive aussi, dans les magasins du Neubourg ou d’Evreux) : blanche à pois rouges


Et voici, pour la comparaison immédiate, l’autoportrait qui nous fut demandé en cours de dessin (où nous avions eu pour consigne d’apporter les glaces de nos trousses de toilette)


Pour Noël, Patrice a eu un costume d’Indien et un autre de Zorro. De quoi jouer avec son grand-père…


Mais leur jeu préféré demeure les petits chevaux ou les dominos. Patrice essaie parfois de tricher, un domino mis dans sa manche…


… mais il est vite soupçonné par son grand-père, champion à ce jeu


Je ne suis restée qu’un an au petit collège, dont les murs ont changé de destination, et j’ai émigré un peu plus haut dans Evreux – toujours interne - dans un lycée tout neuf, qui compte 800 élèves, un record pour l’époque. Et c’est au photographe d’Evreux qu’est confié, en 1962, de me tirer ce portrait, pour offrir à mon père, le jour de son anniversaire. La robe était rouge, le cadre aussi, car c’était la couleur préférée du destinataire


Cet été-là, confiée à des amis de mes parents, je retrouve le Jura, découvert avec les colonies de vacances. J’apprends à nager dans la Loue, pourtant bien froide. La plage n’est qu’un pré (le Tarto) mais qu’importe, c’est le bonheur.


Mon père, qui a dû se faire opérer de la coxarthrose des hanches, n’a pas laissé sans inquiétude ma mère et le commis se débrouiller sans lui dans leur commerce. Mais il a exigé que les deux opérations nécessaires (dans une clinique d’Evreux) aient lieu dans un délai très court ; il a bien dû consentir, ensuite, à devenir interne à son tour, dans une maison de ré-éducation, installée dans les communs du château de Rosny. Lui aussi il vient en perm’ le dimanche. Un complot a été ourdi, et on l’a envoyé jouer aux dominos chez mon parrain, à l’heure du coup de feu de la sortie de messe. Vite, vite, mettre les rallonges de la table, la nappe, les fleurs, les cadeaux – sans pour autant négliger la clientèle – vite, vite, voici les invités. De retour de chez Régulus, mon père les aperçoit dans la rue, croit à un hasard, nous sortons les rejoindre, il comprend tout, en jette ses béquilles de joie et se met à pleurer, emporté par l’émotion. Riton a sa caméra, il a tout filmé… Allez, pour faire bonne mesure, une photo dans la cour, après le café…


Racontant cela, 45 ans plus tard, c’est moi qui pleure à présent, de tristesse. Hormis Lysiane, que je ne vois plus (sans raison, parce que la vie est ainsi, séparant les amis d’enfance), tous ceux qui m’entouraient ce jour-là sont morts. Même le jeune frère de Lysiane, qui me tenait tendrement par l’épaule, et qu’un cancer foudroyant a emporté alors qu’il avait à peine dépassé sa trentième année.
Et je ne sais pas où s’est perdu le petit film où mon père est toujours vivant, dans des larmes de bonheur.
La même année, j’obtiens mon brevet.


Et je vais en vacances à Marlieux, dans ce château où ma marraine continue, assistée par sa nièce, à diriger une maison de retraite. J’y fais connaissance de Suzanne, l’aînée des filles du jardinier, ma cadette d’un an. Juste sortie de l’école elle est également employée au château, et nous devenons amies.


Je rencontre également le moine trappiste qui vient dire la messe le dimanche, dans la chapelle, et auquel la cuisinière sert ensuite un grand bol de café, de vastes tartines couvertes de confiture, à St Luc, la salle à manger directoriale. Lui aussi deviendra un ami, jusqu’à sa mort en 2002, et je conserve précieusement ses lettres
A ce stade de ma narration, l’histoire du château, peut-être ? Il y eut d’abord, au moyen-âge, une maison forte, dont il ne reste rien si ce n’est quelques traces de douves (faciles à maintenir en eau puisqu’au cœur d’une région d’étangs). Sur cet emplacement, on construisit l’actuel château, au XVIII° siècle. Bonaparte y aurait fait un court séjour en 1793, pour demander à Gaspar Cusset de Montrossard (propriétaire du moment et son ancien directeur de l’école militaire) de lui obtenir des canons pour le siège de Toulon. Le château a été restauré au début du 20° siècle par Isaac Rémond, alors maire du village, et a servi d’hôpital pendant la guerre de 14/18. C’est de cette époque que date d’attribuer des noms de saints aux différentes pièces, car l’ établissement était aux mains de religieuses.
Cet univers si différent du mien me plaît beaucoup : le château, les étangs me semblent d’un romantisme échevelé. Il ne manquait plus que le prince grimpant à ma tour, comme dans ce beau conte de Grimm, Rapunzel, illustré par le cher Fédor Rojankovsky.


Cette année-là mes parents, qui, ordinairement, prennent leurs courtes vacances en octobre, ont décidé qu’ils fermeraient leur commerce quelques jours en septembre, pour être avec moi. Nous sommes allés en Bretagne, à Carnac exactement, dans une maison louée à la belle-sœur de ma tante. J’ai des couettes, comme la chanteuse Sheila, et un joli maillot bleu et vert. Mais je suis plus tranquille si le bateau est sur le sable…


Sur les plages normandes, l’été suivant, je retrouve mon maillot une pièce, noir et blanc…


… que Lysiane photographie en couleurs


Nul doute que sur cette photo, ce n’est plus à Sheila que je m’identifie, mais à la languissante Françoise Hardy : tous les garçons et les filles de mon âge vont par deux, oui mais moi je vais seule
J’ai probablement relevé un peu la robe (rouge, de la couturière locale) pour avancer dans le fouillis de végétation devant la petite pièce, et elle n’est pas retombée complètement : on aperçoit la dentelle de ma combinaison…


Toujours interne au lycée. Grand dortoir par box de 4 (ici avec Nicole, Christine, Mireille ; je ne sais plus rien des deux dernières, je croise parfois Nicole, devenue avocate, dans les rues de Rouen). Je tire ma flemme. J’ai redoublé une quatrième déjà, et la seconde débute mal… Je n’aime que le français, l’histoire et le dessin.


18 ans. Retour aux studios Lenrouilly pour une photo d’identité, dont un exemplaire sera collé sur les menus de mon repas d’anniversaire…


… qui a été repoussé à l’été, afin que Suzanne puisse venir de Marlieux, passer quelques jours chez nous. J’étrenne une robe somptueuse (couturière locale) en soie sauvage et mousseline, blanc cassé, orné d’un galon brodé, dont je possède encore les derniers centimètres

...

Suzanne n’a jamais vu la mer. Quelle découverte (à Deauville) !


Nous repartons ensemble à Marlieux. Sur nos bagages, mon cher Minet semble vouloir nous retenir.


Le parc du château de Marlieux, effectivement…


Mais aussi Port-Lesney, avec Lysiane, et quelques titis parisiens sur leurs bécanes pétaradantes…


… ou Jean-Claude, et sa belle Triumph verte


J’ai bien été virée du lycée d’Evreux (ou, selon la formule plus politiquement correcte : je n’ai pas été autorisée à redoubler ma seconde). On m’envoie au lycée de Vernon, toujours interne. Et j’y deviens pionne au pair l’année de ma première. Photo étrange que celle-ci car elles sont deux à être superposées.


Dans mon enfance, mon jeu préféré était de me déguiser ; ça n’a pas beaucoup changé…


Je ne suis pas le seul souci de mes parents. L’opération de mon père n’a pas été réussie. On lui a conseillé de changer de métier. Inimaginable ! Et pourtant…
Ils ont quitté leur pâtisserie le 1er décembre 1966, et emménagé à Elbeuf, dans un nouveau commerce (où papa n’aura rien à fabriquer, pourra ménager ses jambes), le 1er février 1967. Entre ces deux dates, leurs meubles confiés à un garde-meuble, ils ont dormi chez mon parrain, pris leurs repas chez ma tante.


Vingt ans à Elbeuf donc. Chignon de ma main…


… et robe en lin jaune (du Prisunic…)


Mon père ne fréquente pas les studios des photographes. Mais il se laisse tirer le portrait par le caricaturiste Fredo, à la foire expo de Rouen.


Vacances à Marlieux, avec visite à mon cher trappiste (à l’extérieur, car la gente féminine est interdite d’entrée).


A la rentrée, j’obtiens un poste de pionne à Verneuil-sur-Avre, où on ne me laisse pas, comme à Vernon, être élève en même temps. Je mens à mes parents, prétendant y continuer ma terminale. Ils ont des soupçons. J’avoue. Et m’inscris à des cours par correspondance à la rentrée suivante. En même temps, pour alléger leurs charges, je travaille deux mois en librairie. Isolée du milieu scolaire, je travaille… mieux (pas de copine à distraire de mes clowneries), mais ne vois pas arriver la révolution de ma génération : Mai 68. Prête pour un bac écrit, j’affronte un bac oral, que j’obtiens de justesse. Mon père en pleure de soulagement devant le lycée Corneille de Rouen, où j’ai passé cet examen, et où il m’a emmenée (dans l’Opel turquoise ayant succédé aux Juva IV, Aronde et Peugeot 304) lire le panneau des résultats


Mes parents ne sont pas rancuniers des soucis que je leur donne, car j’ai droit à un voyage en Grèce, en récompense de mon bac. A ma décharge : dès le mois de mai, pendant que lycéens et étudiants révolutionnaient, je cherchais un emploi. Employée de librairie ? Bibliothécaire ? La directrice de la bibliothèque universitaire (que les étudiants avaient oublié d’occuper, et qui était déserte, à l’exception d’un Africain compulsant des revues de droit), saisie de me voir si sérieuse dans une telle période, avait appuyé ma demande d’emploi auprès de sa hiérarchie. J’étais assurée de travailler à la rentrée d’octobre.
Donc : en Grèce en août 1968, avec Jeannette, la fidèle amie de mes parents. Voyage épique, plein d’imprévus, dont on peut lire le récit dans la rubrique voyages de mon site http://pagesperso-orange.fr/simarese


J’y retourne l’année suivante (avec Nelly, une amie de ma génération), Nous séjournons à Turcolimano (qui deviendra, après le énième conflit avec les Turcs, Microlimano), visitons évidemment Athènes, mais aussi le cap Sounion, Nauplie, Epidaure, Mycène, Corinthe (la robe est jaune, avec une ganse écrue, modèle unique conçu et cousu - à la main - par moi, le chapeau est en paille marron).


... passons quelques jours à Mykonos, où je fais connaissance de Pétro, le pélican fétiche qui préfigure en quelque sorte son compère Péli, ami des pêcheurs d'Antifer, auquel je prêterai ma plume quelques... 32 ou 33 ans plus tard quand il séjournera au C.H.E.N.E. (voir à la rubrique animaux du C.H.E.N.E sur mon site http://pagesperso-orange.fr/simarese ):


De ce second voyage en Grèce, je rapporte, dans un carton à chaussures passé à la barbe de tous les douaniers (car Nelly et moi avons voyagé en train et bateau, cela fait plusieurs douaniers), une pauvre misère de chat, qui avait été jeté, peu après sa naissance, dans une poubelle du Pirée. Je l’ai nommé Rika


Vacances de Noël 1969 à Marlieux, somptueux sous la neige



... ...

Femme en orange : ma photo préférée ; c’est ma mère qui l’a prise, dans ma chambre d’Elbeuf (que nous venons de retapisser d’un blanc monacal), mais c’est évidemment moi qui l’ai mise en scène. J’ai récemment acheté fauteuil et guéridon chez un brocanteur, bien que je n’ai toujours pas d’appartement à Rouen, où je loge, comme une étudiante, dans une chambre louée chez une vieille dame. Je reviens chaque week-end chez mes parents.


Avril 1970 : je retourne en Grèce, pour retrouver l'amoureux rencontré à Mykonos. Nous partons à Hydra (voir à la rubrique correspondance de mon site http://pagesperso-fr/simarese) où il me tire ce romantique portrait, cheveux au vent:


Je me coiffe toujours en chignon, mais mon amoureux me préfère cheveux aux vents
Chignon refait, chez des amis de mes parents…


La Loue, la Loue, que j’aime tant, et sur laquelle des amis m’emmènent, cet été-là, promener en canoë. Quelle beauté, quelle paix, quel silence…


Déjeuner au restaurant, pour la Ste Thérèse. Sourires à l’arrivée…


Et fou-rire ensuite…


Suzanne se marie, en 1971. Je suis évidemment invitée. Et les photos sont évidemment prises dans le parc du château


Mes parents ont pris goût à leur nouveau commerce. Leurs difficultés financières du début se sont aplanies, et ils inaugurent de partir chacun leur tour en vacances, avec moi. En 1971 maman m’accompagne (par le train bien sûr, puisque ni l’une ni l’autre n’avons notre permis de conduire) dans le Jura et à Marlieux. Nous en profitons pour faire un peu de tourisme, au village médiéval de Pérouges…


…et dans le cloître d’Ambronay, où débute un festival de musique qui deviendra célèbre


En septembre de la même année je repars en Grèce, solitaire.


Mars 1972 : 62° anniversaire de papa ; c’est évidemment lui qui a fait le gâteau (une Mascotte à la crème au beurre parfumée au kirsch, avec un décor d’amandes grillées et de violettes séchées dans le sucre)


En mai, la fête de mon 25° anniversaire restera un souvenir sombre, car, dans la nuit qui suit cette joyeuse journée , notre cher Rika disparaît. Nous le chercherons des jours et des jours, sans succès.


Photo d’identité, après une séance chez le coiffeur


Donc, c’est au tour de papa de m’accompagner (au volant de son Opel) dans le Jura et à Marlieux, en juillet 1972. Pas de photos ici : je ne faisais plus que des diapos. Nous nous sommes bien promenés, mais, à Marlieux, nous étions séparés le soir, car pas question qu’un homme couchât dans une maison de retraite réservée aux dames ! Il dînait et dormait à … la Trappe, ce qui ne manquait pas de réjouir le père Simon, en charge d’accueillir les hôtes.

... ...



Je ne vois plus Suzanne aussi facilement que les années précédentes, car elle a eu un fils en juin, prénommé Denis. Un fils dont j’avais espéré être la marraine, mais c’est sa sœur qu’elle a choisie pour ce rôle.
Ma marraine (largement octogénaire), me raconte sa vie, déchire devant moi de vieilles lettres, dont elle ne garde que les dessins. Elle aurait été aimée d’un peintre, dont je n’ai trouvé nulle trace sur Internet, mais dont je possède cette petite gouache qu’elle m’a offert :


En août, une commerçante voisine de mes parents leur confie sa chatte Câline et ses deux chatons Ratibus et Réglisse pendant ses congés annuels. Réglisse remplacera bientôt Rika dans notre maison


En août toujours, infidèle à la Grèce, et décidée à ne pas bronzer idiote, je vais dans l’Aveyron (à Montbazens) suivre un stage photo. J’apprends le tirage en noir et blanc, à partir de mes propres photos, faites, comme ci-dessous, dans un village abandonné…


…ou tirant le portrait d’un chevrier, qui me semble droit sorti de l’univers de Giono, mon auteur de prédilection…


… et ce joyeux clan des casquettes, si fier d’être remarqué par les apprentis photographes.


Beaucoup plus timide : une chatte, embusquée en bas à gauche, et dont on ne voit qu’une oreille, qu’un œil. Elle a fui à notre approche, mais semble prise d’un remord, d’une inquiétude, car son petit s’est exposé en voulant la suivre…


Je m’essaie même aux Natures mortes et au Clair obscur, en une seule photo, mettant en scène, sur une chaise, quelques symboles de ma coquetterie : châle, petit sac, cheveux postiches (car j’ai coupé mes cheveux, et triche parfois…), et, surtout, ce parfum de ma jeunesse, le premier porté : Idole de Lubin. Il cessera d’être commercialisé, et je n’en ai jamais retrouvé un qui me plaise autant.


Quant à cette photo, je l’estime ratée, bien que je la fasse figurer tout de même. Avant ce stage, je l’ai dit, je faisais surtout des diapositives, et mon œil, habitué aux couleurs, avait été aimanté, dans cette maison abandonnée, obscure, par le feuillage vert, lumineux, comme encadré dans la fenêtre, et qui avait poussé une de ses tiges à travers les gravats du sol ; la tige audacieuse, qu’illuminait un rayon. C’était magnifique, et l’image est toujours dans ma mémoire. Mais en noir et blanc ça a perdu toute sa force.


Je n’étais pas toujours aussi sérieuse dans mes choix de photographe. Ici je n’ai pas résisté à immortaliser l’exercice de gymnastique de mes co-stagiaires. Il faut dire que l’un d’eux était prof. de sport…


Nous ne nous connaissions pas avant ce stage (où je figurais la seule provinciale, tous les autres étant parisiens) mais nous avons formé une joyeuse équipe. Un soir, alléchés par une publicité annonçant une soirée hippie dans une boîte, nous nous étions déguisés (surtout moi, qui possédais cette jolie robe patchwork – une de mes créations, cousue main). Beau succès : nous étions les seuls à avoir consenti à cette apparence vaguement hippie !


En septembre, je retrouve quelques-uns de mes co-stagiaires, chez l’un d’eux, à Paris. Mais je m’ennuie visiblement à écouter un autre invité, philosophe pompeux ! La robe est orange, car c’est, depuis des années, avec le jaune et le turquoise, une de mes couleurs de prédilection

...

Novembre : je fête les Catherinettes, avec des amies aussi célibataires que moi. Je me suis fabriqué un chapeau de bibliothécaire, avec les jaquettes qu’il était d’usage, à la bibliothèque universitaire, de jeter. Mon ensemble long est orange et or.


copyright Simone Arese   dernière mise à jour
le 05 juin 09